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Full text of "Laennec, notice historique, Quimper, 1868"

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LAENNEC 



PAR LE DOCTEUR EMMANUEL LALLOUR. 


QUIMPER, 1868. 





Au centre du cimetière de Ploaré, au pied de la croix qui domine la 
ville et la splendide baie de Douarnenez, sur une modeste pierre tombale, 
on lit cette simple inscription tracée, il y a quarante-deux ans, par les 
soins pieux d’une famille en deuil : 

ICI REPOSE LE CORPS 

S>e RESTÉ-THÉOPHILE-HYACINTHE LAEKIVEC, 

Médecin de S. .A, R. Madame, Duchesse de Berry ; 
Lecteur et Professeur royal en médecine 
au Collège de France ; 

Professeur de Clinique à la F acuité de Palis % 
de l’Académie royale de médecine ; . 

Chevalier de la Légion ■ d’Honneur, 
né à Quimper, le lî 1 février 1781 ; 
mort à Kerlouarnec le lâ août 1836, 

PRIEZ POUR LUI. 

A l’exception de cette épitaphe lue de loin en loin par quelques rares 
visiteurs des environs, rien dans le pays ne rappelait ostensiblement la 
mémoire d’un homme dont le nom méritait à tant de titres une respec¬ 
tueuse et sympathique popularité. Sa gloire, en effet, ne rejaillit-elle pas 
sur la ville où il naquit, sur le pays qui donna par l’éducation le pre¬ 
mier élan à sa vie, et, par les saines jouissances de l’affection et de la 
foi, la consolation suprême à ses derniers jours ? 

Il est cependant vrai que Laënnec est presque un inconnu dans sa 
patrie et que, sauf les héritiers de son art, quelques vieux amis qui lui 
survivent, et un petit nombre de lettrés, les hommes de la génération 
présente ignorent ce que fut cet homme à qui la ville de Quimper, disons 
mieux, à qui la science française élève en ce moment une statue. 


Il m’a donc semblé qu’il appartenait à un compatriote de Laënnec, à 
nn enfant de sa ville natale, àl’un de scs disciples posthumes, à l’un de 
ses frères dans la foi, de venir aujourd’hui rappeler en quelques mots 
Quels sont ses titres à la reconnaissance et àla vénération communes. La 
Bretagne, en dépit d’une apparente froideur, ne fut jamais ni ingrate, 
ni j uge incompétent des grandes vertus et des grands mentes. 

Beaucoup d’au tresauraien t rn ieux que moi accom pli cette tache,rempli ce 
devoir avecplus d’éclat;j’ailongtemps attenduetdésirequ un pluseloquent 
demandai la parole. Je me propose, enlaprenant moi-meme,e d empê¬ 
cher qu’on accuse notre silence, et de montrer à ceux qui ne le savent 
pas mie Laënnec reçoit justement parmi nous un hommage exceptionnel, 
parce que, dans un pays de foi et de science, il fut éminemment homme 
de la science et l’homme de la foi. 

Des documents précieux avaient déjà été publiés à différentes époques ; 
i’y ai puisé avec une liberté- respectueuse que les auteurs J en suis sur 
ne me reprocheront pas. Je dois une mention spéciale a 1 illustre ami ue 
Laënnec le docteur J. A. Le Jumeau de Kergaradec ; aux rédacteur de 
U Biographie Bretonne et au docteur Ménadec Laennec, eleve P" ' 

culier et cousin germain de notre célèbre compatriote, qu. abien voulu 

me communiquer d’inappréciables souvenirs. De plus, il m 
parce que ma vie se passe aux lieux mêmes ou-Laennec a laisse ses 
dernières traces, de pouvoir recueillir des témoignages ™“‘ s 5 

organes auront bientôt disparu. J’ai entendu les derniers amis del.to- _ 
tremort, de sa digne terne, et de sa famille; j ai vi&j e, a 
de son souvenir, sa chère paroisse de Ploare, les grèves u > 
alentours de son Kerlouarnec ; j’ai interrogé quelques prêtres ™e^i 
derniers représentants d’une grande génération sacerdotale qui 
deehoses, j’ai poursuivie! j'ai retrouvé toute vivante la reconnaissance 
et la vénération pour le grand médecin et pour le grand c retien. 

Que tous ceux, qui ont bien voulu m’aider à honorer sa mémoire, 
reçoivent ici les remereîments de celui qui écrit sous la dictee de • 



I 


René-Théophile-Hyacintbe Laënnec, fils de Théophile-Marie et de 
Gabrielle-Félicité Guesdon, naquit à Quimper (1) en la paroisse de 
Saint-Mathieu le 17 février 1781. Sa famille occupait déjà un rang très 
honorable en Cornouaille. 

Son aïeul paternel, Michel-Marie-Alexandre Laënnec, avocat au 
parlement de Bretagne, d’abord Sénéchal de Loc-Maria, puis Maire de 
Quimper, avait été Député de cette ville aux États de Bretagne tenus à 
Nantes en 1763. Il a laissé des écrits d’une valeur réelle sur les fiefs, 
domaines congéables et usements de Cornouaille. 

Son aïeul maternel René-Félix Guesdon, était Sénéchal des Régaires 
de l’Évêché de Quimper. 

Son père, avocat au parlement de Bretagne en 1772, occupa d’abord 
l’emploi de Lieutenant de l’Amirauté à Quimper, puis il devint Sénéchal 
des Régaires en 1781 et receveur des décimes du clergé ; c’est dans cet 
emploi que le surprit la révolution de 1789. S’il eut alors le malheur de 
ne pas résister avec le mâle courage des plus forts, au torrent qui empor¬ 
tait tant d’hommes et tant de choses ; si, dans le cours d’uné longue 
carrière (1747-1836) et au milieu de dangereuses épreuves, il se laissa 
parfois entraîner par l’imagination ou par la timidité, plutôt que con¬ 
duire par les principes ; si la vérité le trouva moins fidèle que la poésie 
qu’il cultivait avec amour ; il est juste pourtant de rappeler, à l’honneur 
de son nom, que le Recteur de Saint-Mathieu, M, Corolïer trouva en lui 
un défenseur énergique, et lui dut de ne point être victime des juges de 
la Terreur. 

Madame Laënnec mourait, le 15 novembre 1786, de phthisie pulmo¬ 
naire, avant que son fils eut atteint sa sixième année. La mère ignorait 
sans doute quel germe de mort elle léguait à son enfant ; elle soupçonnait 
encore moins qu’avant d’être emporté par ce mal inexorable, il aurait, à 
force d’études, fourni à la médecine, sinon de quoi le vaincre toujours, 


(1) Une plaque de marbre, incrustée dans le mur, désigne, à Carhaix, la maison où 
naquit La Tour d’Auvergne, le Premier Grenadier de France. Pourquoi semblable 
honneur ne serait-il pas fait à la mémoire de Laënnec? Sa maison paternelle porte 
aujourd’hui le n° 19 de la rue de la Vieille-Cohue. 



au moins de quoi le suivre dans ses ravages et le combattre efficacement 
dans ses progrès; mais ce qu’elle savait bien, c’est qu’une large part de 
sa tâche maternelle était remplie, et que l’avenir de son fils était, par 
des soins qu’elle n’avait pas remis au lendemain, solidement établi sur 
la base de la foi chrétienne. Après ces dignes et pieuses mains, Laënnec 
en trouva d’autres qui achevèrent l’œuvre commencée. 

Le presbytère d’Elliant (il semble que cette maison soit prédestinée 
à être toujours une saine et généreuse école) était alors occupé par M. 
J. A. Laënnec, Docteur de Sorbonne, grand-oncle du futur savant sur la 
tête duquel il avait lui-même versé l’eau baptismale. Ce fut là qu’il fut 
tendrement accueilli pour être initié aux études, et que, passant dans la 
commensalité d’un modeste savant quelques-unes des années les plus 
décisives de la vie, il eut le bonheur d’être doucement acheminé par une 
main ferme et sûre vers les austères labeurs de la grande SGiencé. La 
maison du pieux recteur présentait d’ailleurs un merveilleux ensemble 
des conditions, hygiéniques, nous dirions presque climatériques, dont le 
chétif enfant avait besoin pour franchir les premières fatigues de sa 
croissance. Placée au revers d’un de ces gracieux coteaux bretons que 
dominent la belle église de campagne et son hardi clocher en pyramide, 
elle élevait sa large façade comme une barrière de granit, entre les âpres 
vents du nord et les chaudes allées d’un grand jardin qui, descendant 
vers le midi en une longue suite de terrasses étagées, venait se clore au 
fond du vallon par une prairie toujours verte, comme on en voit tant en 
Cornouaille et si peu en d’autres pays. Là, pas un rayon de soleil n’es.t 
perdu, et si l’on entend mugir la grande voix des tempêtes de l’hiver, au 
moins elles passent inoffensives au-dessus de la tête, et le pauvre petit 
écolier si délicat et si frêle pouvait tous les jours et en toute saison 
s’ébattre impunément entre les poiriers de son grand-oncle. D’un autre 
côté, l’existence grave et réglée de celui-ci, ses habitudes d’une patriar¬ 
cale simplicité dans le vivre, le calme religieux de son intérieur encadré 
à distancé par l’harmonieux et doux murmure du travail des champs, 
n’étaiènt-ils pas singulièrement propres à dilater progressivement, sans 
écarts et sans violentes secousses, les riches facultés d’un esprit droit et 
d’une intelligence active? Autour de Laënnec on parlait deux langues; 
le français était celle des lettrés, des maîtres, de la table commune; le 
breton était celle de la grande masse du peuple, de l’enseignement qu’il 
recevait à l’église, aussi bien qué des promenades à travers champs et 
des jeux du dimanche avec les enfants de son âge, Laënnec, resta par le 



langage aussi bien que par le Cœur, français et breton tout ensemble; 
plus tard il eut à s’applaudir d’avoir acquis, presque sans travail, une 
précieuse et difficile connaissance ; on- verra, par ses rapports avec Le 
Gonidec, quel prix il y attachait lui-même. 

Son séjour au presbytère d’Elliant ne dura qu’un petit nombre d’années; 
soit que les études grammaticales du jeune écolier fussent déjà suffi¬ 
samment avancées, et qu’il fût dès lors assez familier avec les langues 
anciennes pour que le temps semblât venu d’élargir le cercle de ses 
travaux' ; soit que son grand-oncle, appelé par l’Évêque de Tréguier aux 
fonctions de chanoine dans sa cathédrale, ne jugeât pas sa nouvelle ré¬ 
sidence aussi complètement avantageuse pour son élève ; soit enfin que 
la voie définitive dans laquelle il devait marcher fût plus nettement dé¬ 
terminée par son choix ou par lés conseils de ses guides, il fut décidé 
que le jeune Laënnec irait achever son éducation près d’un frère de son 
père, l’un des médecins les plus distingués de Nantes. 

Au moment où le futur maître de tant de disciples va recevoir de 
nouveaux exemples et de nouvelles leçons-, nous ne pouvons nous dis¬ 
penser de faire connaître celui qui fut, à proprement parler, son intro¬ 
ducteur dans la carrière médicale. On verra que le premier docteur 
Laënnec était digne et capable d’être le guide du second ; et que, si la 
renommée de celui-ci a dépassé celle de son oncle, il y a entre les deux 
de telles analogies de doctrine et de caractère que l’un peut bien être 
considéré comme l’œuvre de l’autre , comme son glorieux continuateur 
dans la voie de la science et dans la voie du devoir. Au reste, un maître 
vulgaire ou incomplet pouvait-il produire un élève de cette taille ? 

Né à Quimper en 1748, reçu docteur en médecine à Montpellier en 1773, 
l’oncle de Laënnec, après avoir fait de solides études médicales à Paris, 
alla les compléter en Angleterre près des grands maîtres, puis revint à 
Quimper où il fut pourvu, en 1773, du titre de Conseiller-Médecin ordi¬ 
naire du Roi. Il s’acquit une grande réputation dans tout le Comté de 
Cornouaille, et fut même appelé à Brest, pour assister les médecins de la 
Marine, pendant la guerre de l’indépendance de l’Amérique, après le 
combat naval d’Ouessant (1779). Cependant son mérite l’appelait sur un 
plus grand théâtre, et il se rendit, en 1781, à Nantes où il enleva de vive 
force, par de brillantes épreuves dont le souvenir s’est conservé, tous les 
titres à l’estime de l’Université de Nantes et à la confiance des habitants, 
au point qu’il devint par leur suffrage, en 1790 , membre de la première 
municipalité Nantaise, Mais en 1792. les excès de la révolution le déter- 



minèrent à rentrer dans l’exercice exclusif de sa profession et à n’accepter 
du pouvoir que les fonctions de médecin en chef de l’Hôtel-Dieu de Nantes, 
fonctions qu’il conserva jusqu’à sa mort, arrivée en 1822 . Dieu sait ce 
qu’en ces jours néfastes, où l’horrible énergumène Carrier répandait la 
terreur dans Nantes et pratiquait ses infâmes mariages républicains , 
le médecin en chef de l’Hôtel-Dieu rendit de services à l’humanité! 
Ses vertus en effet égalèrent sa science. 

Il fut encore l’un des premiers professeurs de l’École de Médecine 
fondée à Nantes en 1808 et se livra avec bonheur, pendant huit-années, 
au double enseignement de la clinique interne et de la matière médicale. 

Il a laissé plusieurs remarquables écrits tant en latin qu’en français. De 
ce nombre est le discours prononcé par lui à l’inauguration de l’École 
de Nantes. Qu’il nous soit permis d’en citer ici un passage qui fera con¬ 
naître d’un seul trait le caractère et les principes de l’homme : « Dieu 
« de més pères, s’écrie-t-il, si l’étude de mon art ne doit me;conduire 
« qu’à douter de ta puissance,.s’il faut que,. dans ce corps fragile et 
« périssable, je ne retrouve plus cet instrument céleste de ma pensée, 

« cette âme immortelle et libre que je tiens de ta bonté;; s’il faut qu’as- 
« similé à la brute stupide, dégradé dans tout mon être, je reconnaisse 
K des penchants irrésistibles dans mon crâne et la cogitabilité dans 
« une huître ; ah ! rends-moi mon ignorance! ne permets pas que je 
a blasphème ton nom ! je n’étudierai plus ! » 

Voilà ce qu’était la science médicale en Bretagne aux derniers jours 
du dix-huitième siècle ; ne reconnait-on pas comme un écho dé notre 
grande devise : Potius mori quàm fœdari ? 

Tel était l’homme près duquel Laënnec allait trouver un abri pendant 
la tourmente révolutionnaire, élargir ses études en suivant le droit chemin, 
et devenir, en quelques années, l’une des gloires scientifiques de son 
temps et de sa patrie. 

Ses études littéraires, commencées à Elliant, se poursuivirent avec éclat 
à l’Ecole centrale de Nantes, sous la direction de son oncle ; les pal¬ 
marès de ce temps-là ont gardé le souvenir des succès qu’il y remporta, 
ainsi que Michel,son jeune frère. En même temps qu’il achevait le cours 
de ses humanités, il ajoutait deux langues vivantes; l’anglais et l’allemand, 
à celles dont il s était déjà rendu maître ; ainsi rien ne lui manquait dé¬ 
sormais pour suivre du même pas les travaux des anciens et ceux de la 
science moderne. 

Laënnec atteignait à peine sa dix-neuvième année, lorsqu’il se pré- 


— 9 — 


senta en ^ 800 à l’Ecole de médecine de Paris. On le vit dès l’abord s’y 
établir à la première place. Ses premières études médicales, dirigées à 
Nantes par son oncle, avaient fait du laborieux et intelligent bas-breton 
un élève de premier ordre. En 1802, en séance solennelle de l’Institut, 
on lui décerne les deux grands prix de médecine et de chirurgie de 
l’Ecole pratique. Ce succès est d’autant plus prodigieux qu’il suppose 
des aptitudes fort différentes et que l’épreuve de médecine opératoire 
n’était rien moins que l’amputation du bras dans l’articulation scapulo- 
humérale. Eu 1803, il est reçu docteur en médecine,après avoir soutenu 
avec le plus grand éclat sa thèse inaugurale sur la Doctrine d’Hippocrate 
appliquée à la médecine pratique. 

Deux grandes factions se partageaient alors l’école de Paris et for¬ 
maient comme deux camps plutôt rivaux qu’ennemis ; chacune d’elles 
portait le nom de son chef : il y avait l’école de Corvisart ou de l’hôpital 
de la Charité, et l’école de Pinel ou de la Salpêtrière. La première profes¬ 
sait le culte des traditions Hippocratiques; son grand moyen était l’ob¬ 
servation ; elle était humoriste dans certaines limites ; elle n’admettait 
comme progrès dans la science que le résultat des faits bien observés, et 
les procédés nouveaux bien éprouvés. L’autre se qualifiait de médecine 
philosophique. Sa méthode de prédilection était l’analyse ; elle divisait; 
subdivisait les maladies ; les rangeait par classes, ordres, genres, espèces 
et variétés ; elle enseignait le solidisme à peu près exclusif; elle assi¬ 
gnait un siège déterminé à presque toutes les maladies,' en sorte que les 
affections générales quelle admettait encore ne pouvaient figurer sur les 
tableaux nosologiques que dans une sorte d’appendice intitulé maladies 
indéterminées. 

Laënnec entra dans le camp de la médecine dite d’observation, et y 
resta fidèlement attaché jusqu’à la fin de sa carrière. Il suivit donc assi¬ 
dûment les enseignements de Corvisart dont il fut un des élèves les 
plus éminents et qu’il remplaça bientôt comme chef d’école. C’est à la 
clinique de ce professeur, dont le tact médical était si admirable et le 
diagnostic si sur, que Laënnec, doué lui-même d’un esprit très-observa¬ 
teur, puisa l’idée de la science jusqu’alors inconnue de l’anatomie 
pathologique. Constater et décrire les altérations organiques qui accom¬ 
pagnent et produisent les désordres pathologiques observés pendant le 
cours des maladies, tel fut l’objet de ses travaux de prédilection. L’illus¬ 
tre Dupuytren, qui lui disputa l’honneur de l’initiative dans ces études 
nouvelles, concourut à exciter l’ardeur qu’il mit à ce travail ; des cours 



publics furent ouverts par les deux maîtres, et leur émulation comme 
l’importance du sujet y attira la jeunesse studieuse. C’est de cet ensei¬ 
gnement que date l’origine des plus sérieux progrès modernes dans la 
pathologie. L’éclat qu’il répandit sur le professeur Laënnec ne contribua 
pas peu à établir une renommée qui ne fit que croître de jour en jour. 

Par une conséquence nécessaire, sa clientèle s’étendait en même 
temps que sa réputation ; il arrivait rapidement à la fortune. On sait 
avec quelle charité généreuse il usa de la sienne pour le soulagement 
de toutes les misères. 

« Ses nombreuses et fatigantes occupations ne l’empêchèrent pas de 
« contribuer à plusieurs importantes publications dans la presse pério- 
« diqueet dans les premiers volumes du grand Dictionnaire des Sciences 
« médicales. Il publia encore dans les bulletins de la Société de l’Ecole 
« de Paris, dont il fut l’un des membres les plus laborieux, ses vues 
« ingénieuses sur l’anatomie pathologique et ses belles découvertes sur 
« les vers vésiculaires, intestinaux, etc. » (1) 

En 1816 il fut nommé médecin de l’hôpitalNecker qui, quoique situé 
fort loin du quartier des écoles, se vit bientôt encombré par l’affluence 
des étudiants et des médecins tant nationaux qu’étrangers empressés de 
suivre la clinique de l’habile praticien, avides de recueillir les savantes 
leçons où la finesse et la profondeur des aperçus s’alliaient aux charmes 
d’une élocution facile et élégante. 

11 ne tarda pas à compter parmi ses auditeurs les hommes les plus 
célèbres venus de tous les points de l’Europe pour s’instruireprès de lui. 

C’est à cette époque que.se place la découverte aussi féconde qu’in¬ 
génieuse à laquelle le nom de Laënnec restera spécialement attaché, 
celle du Sthéthoscope et de l’Auscultation médiate. Il appliqua d’abord 
ses procédés à l’étude et au traitement des maladies des poumons et du 
cœur. Il écrivit son admirable Traité de l’Auscultation Médiate qui a eu 
les honneurs de quatre éditions de 1819 à 1836, et qui, à lui seul, serait 
pour son auteur un titre suffisant à la gloire scientifique. Depuis lors, 
ses successeurs dans la carrière médicale ont fait d’utiles et nombreuses 
. applications de ses procédés d’auscultation. C’est à leur aide que nous 
pouvons aujourd’hui, non seulement reconnaître sûrement pendant la 
vie les moindres altérations d’organes aussi importants que les poumons 
et le cœur, en suivre toutes les phases et opposer plus à. propos qu’au- 


(1) De Kergaradec, Biographie Bretonne. 


trefois à leur progrès les remèdes nécessaires ; mais encore (1) constater 
de la manière la plus positive, même avant la naissance, l’état de l’en¬ 
fant dans le sein de sa mère, et par suite donner de précieux secours à 
l’individu,à la famille, à la société, à la religion elle-même. C’est encore à 
l’auscultation que le chirurgien doit de pouvoir constater, sûrement et 
facilement, une fracture des os profondément, situés. Jusqu’alors la 
difficulté de cette vérification était souvent extrême, et l’ignorance du 
fait exposait le malheureux blessé aux conséquences les plus désastreuses. 
Enfin, grâce à l’auscultation, il n’est plus possible aujourd’hui de con¬ 
fondre l’anévrisme avec une tumeur inoffensive. 

Depuis vingt ans Laënnec travaillait sans repos ni trêve; ses forces 
étaient à bout; sa constitution débile était épuisée ; il résolut de recourir 
à la ressource suprême de l’air natal, et vint s’établir à Ploaré, dans sa 
terre patrimoniale de Kerlouarnec. 11 y resta jusqu’en 1822, soignant sa 
santé, et dilatant son cœur par la pratique de toutes les œuvres chari¬ 
tables. En outre de ses longues promenades sur le bord delà mer, il . 
appela à son secours deux innocentes passions qui l’avaient souvent 
aidé à reposer son intelligence : l’illustre professeur redevint chasseur 
intrépide et habile tourneur. Il reprit aussi avec amour ses premières 
études sur la langue bretonne. La bibliothèque de Quimper a possédé 
jadis — et a perdu — un exemplaire de la Grammaire de Le Gonidec 
qu’il avait disposé 1 pour recevoir ses observations ou ses critiques. Une 
feuille blanche, placée en face de chaque feuille imprimée, se couvrait du 
résultat de ses réflexions et de ses rechercbes. En même temps, il 
entretenait une correspondance active avec celui que l’on a justement 
nommé le restaurateur delà langue bretonne ; un long fragment de lettre 
cité dans la deuxième édition de la grammaire (Paris 1838) montre 
assez avec quel vif intérêt, avec quelle réelle compétence Laënnec s’oc¬ 
cupait de la vieille langue de son pays, quelle autorité le linguiste de 
profession accordait aux opinions de l’amateur. 

Au bout de deux ans, sa santé se trouva assez bien remise pour qu’il 
pût retournera Paris. C’est à ce moment, dit le docteur de Kergaradec, 
que commence une seconde phase de sa vie. « Dans la première il avait 
« laborieusement, péniblement, mais avec succès, cultivé le vaste champ 
* de la science, aux dépens de sa vie dont il avait abrégé la durée ; il 
« avait semé la gloire ; dans la seconde, trop courte période de son exis- 


(1) Application du docteur de Kergaradec. 



— 12 - 


« tence, il en recueillit une abondante moisson. A peine sorti de sa 
« résidence de Kerlouarnec, Laënnec vit pleuvoir sur sa tète toutes les 
« faveurs de la fortune et les plus grands honneurs de la médecine. » 

Il succède au savant professeur Hallé, d’abord dans sa place de médecin 
de S. A. R. Madame, Duchesse de Berry, puis dans sa chaire de médecine 
au collège de France, où il eut occasion de développer les principes les 
plus lumineux de la science, insistant particulièrement sur l’anatomie 
pathologique et sur les altérations des fluides dont le solidisme avait fait 
négliger l’étude. 

Il obtint, sur-sa demande, la place de professeur de clinique interne, 
lors de la reconstitution de la Faculté de médecine. Au mois de novembre 
1822, il commença un enseignement dont la renommée lui valut l’audi¬ 
toire le plus distingué qui se soit jamais vu à cette école ; il eut en effet 
pour disciples des médecins non seulement de toutes les parties de la 
France, mais encore de toutes les nations de l’Europe et des deux Améri¬ 
ques. C’est pendant cet enseignement donné à l’hôpital de la Charité qu’il 
se trouva en lutte avec un autre célèbre médecin breton, Broussais, dont 
les cours'avaient lieu auVal-de-Grâce. Laënnec, nourri de la connaissance 
des anciens, plein de respect pour les traditions conservées par la sagesse, 
préféra la méthode sûre et lente de l’expérimentation aux séductions des 
théories brillantes mais dangereuses que préconisait Broussais. Or, s’il 
est vrai que le système simple et séduisant de l’auteur illustre du traité 
des phlegmasies chroniques , que sa mâle et chaleureuse éloquence réussi¬ 
rent à éblouir toute une génération de médecins, il n’est pas moins vrai 
que son système eut le sort des grandes utopies et des réformes aventu¬ 
reuses. En effet, ce brillant météore voit peu à peu pâlir l’éclat de ses 
rayons, et le temps, juge en dernier ressort de la valeur de toute chose, 
donne raison à la sagesse de Laënnec dont la gloire s’accroît de jour en 
jour. Une fois de plus, Annibal fait des merveilles et disparait : Fabius 
se laisse appeler Cunctator et reste maître du champ de bataille. 

Tant de travaux et tant de fatigues donnèrent le dernier coup à la 
santé de Laënnec. La maladie, dont le séjour de Kerlouarnec n’avait pu 
que suspendre les progrès, reprit son cours. 11 chercha de nouveau, mais 
sans succès, en 182'*, à rétablir ses forces par l’influence du climat 
natal. Au mois d’avril \ 826,il quitta Paris pour n’y plus retourner,se dé¬ 
mit de tous ses emplois, revint en Bretagne, et y mourut le 13 août sui¬ 
vant. Il n’avait pas achevé sa quarante-sixième annnée. 

Je voudrais maintenant, avant de clore cette notice, mettre sufiisam- 


— 13 — 


ment en lumière ce qui me parait l’un des traits les plus saillants de 
cette belle figure, s’il n’en est pas le plus caractéristique, celui qui donne 
à sa physionomie morale sa principale noblesse. Laënnec ne fut pas 
seulement, pour me servir d’une expression aujourd’hui consacrée, un 
médecin spiritualiste ; il fut, à Paris comme à Ploaré, à l’École de mé¬ 
decine comme en Bretagne, un chrétien de la forme antique et invariable, 
un ferme et docile fils de l’Église catholique, vivant de sa vie, priant de 
sa prière, tenant, sans ostentation mais sans faiblesse, sa place dans 
toutes ses fêtes. Et s’il faut, parce que cet écrit ne s’adresse pas unique¬ 
ment à ses compatriotes, que je produise des témoignages et que j’énonce 
quelques faits, je serai court, mais je serai complet. 

« Au commencement de ce siècle , écrit un de ses plus illustres 
« contemporains, Laënnec, Bayle, Bru té de Rennes (mort depuis Évêque 
• « de la Louisiane), Savary, Pizeau , Buisson et d’autres élèves très- 
cc éminents de l’École de Paris et déjà médecins très-distingués, étaient 
cc connus pour leur attachement à la foi religieuse. Ils n’en étaient pas 
« moins admis dans l’intimité de l’Arcliiâtre du premier Empereur, 
a A la table de Corvisart qui, certes, n’était pas un dévot; ces messieurs 
« observaient scrupuleusement les préceptes de l’Église concernant 
a l’abstinence, et nul ne songeait à en faire un sujet de raillerie. » 

Lorsque Laënnec vint pour la dernière fois en Bretagne, sa chaise de 
poste fut précipitée, près de Nantes, dans un fossé de plusieurs mètres 
de profondeur, et il se trouva enfoui sous la masse des bagages et du 
véhicule. Sorti sans blessure de dessous cet amas de débris, il dit tran¬ 
quillement à sa femme : ce Nous en étions à Orapro nobispeccatoribiis.y» 
Ainsi l’illustre professeur était en train de réciter Y Ave Maria ; Madame 
Laënnec se plaisait à rappeler qu’au moment de la chute, il disait le 
chapelet avec ses compagnes de voyage. 

Chaque dimanche, il assistait à la grand’messe de Ploaré avec la même 
régularité que les beaux paysans aux larges braies et à la longue cheve¬ 
lure. Ce n’est pas tout ; bon nombre de vieillards vous diront encore à 
quel rang précis on le voyait suivre, avant la messe, la procession tradi¬ 
tionnelle en dehors de l’église, tête nue, vous diront-ils, le visage grave 
et recueilli, et le chapelet à la main. Ai-je besoin de rappeler que 
Laënnec était à trente ans un des princes de la science, et qu’il avait 
quarante-cinq ans quand il mourut ? Si donc quelqu’un a le facile cou¬ 
rage de sourire en apprenant ces détails, il ne pourra du moins attribuer 
tant de dévotion, ni à l’ignorance, ni à la décrépitude. 



— U — 


Non, Laënnec, cet homme si complètement de son temps, n’eut rien 
de commun avec ce que l’on a depuis si étrangement nommé la libre 
pensée , la morale indépendante , la physiologie sans âme et la médecine 
sans Dieu. Il était de cette grande école française et chrétienne à laquelle 
Ambroise Paré léguait en toute confiance des maximes comme, celle-ci : 
JE LE PANSAI, DIEU LE GLARIT. Inscrite autrefois sur les murs de 
l’amphithéâtre, où Laënnec put faire tant de belles leçons, on dit que les 
maîtres de ce temps-ci ont voulu, ont souffert peut-être, qu’elle dis¬ 
parût ; espérons que notre siècle ne s’achèvera pas sans que la profession 
de foi qu’elle contient retrouve sa place: grâce à Dieu, il y a encore 
beaucoup de médecins qui ne font pas abstraction de l’Auteur de la vie. 


II 

En achevant de tracer cette imparfaite esquissé d’une vie si bien 
remplie dans sa brièveté, je ne puis me défendre de jeter encore, à la 
façon des anciens biographes, un coup d’œil d’ensemble sur la physio¬ 
nomie de mon héros , et de présenter aux hommages du lecteur Une 
rapide énumération des grandes et solides vertus dont il fut le modèle. 

Je n’hésite pas à placer en première ligne son amour du travail, cet 
âpre courage à tracer bravement son sillon, que nous aurions peut-être 
le droit d’appeler une vertu toute bretonne, si elle n’était pardessus 
tout une vertu chrétienne, que la foi impose, que l’espérance soutient, 
qui reçoit de la charité sa douceur et sa constance. Que Laënnec ait été 
de l’enfance à la mort, en dépit d’une constitution chétive et malgré 
tant de motifs pouf s’accorder du repos, l’ardent travailleur qui reste 
d’esprit et de corps à la peine ; qui mène de front les œuvres de la vie 
active et les plus hautes spéculations ; qui thésaurise constamment par 
les labeurs de la pensée, en même temps qu’il dépense jour par jour au 
profit de tous les besoins : ce que nous avons dit de sa carrière de prati¬ 
cien et de savant l’a déjà montré avec une magnifique évidence. On en 
trouvera une dernière et surabondante preuve dans l’énumération des 
ouvrages dont la science médicale lui est redevable. (Voyez note II, à la 
fin de cette notice.) Or quel était le mobile de cette activité, le ferme 
soutien de tant de courage ? Pour moi je me refuse à ne voir au fond de 
cette grande âme que le désir d’accroître sa renommée ou d’accroître sa 
fortune, Laënnec tel que je le connais voyait plus haut ; il se tenait pour 



— 15 — 

un serviteur de Dieu ; il voulait servir, et servir jusqu’à la fin, Dieu et 
ses frères. 

Laënnec était bon. La bonté, ce don sympathique des âmes tendres 
autant que généreuses, était, au dire de ceux qui ont vécu le plus long¬ 
temps associés à sa vie, l’un des caractères les plus frappants de sa 
belle nature ; bienveillant, affectueux, patient jusqu’à l’héroïsme, la 
violence même de la contradiction n’altérait pas son sourire ; ôn put 
souvent le constater dans ses rapports avec Broussais et Dupuytren. 
Mais écoutons sur ce point le docteur Mériadec Laënnec, son cousin, 
presque son frère, son élève et son commensal : « Mon cher maître, 
« m’écrit-il, était d’une égalité de caractère que je n’ai rencontrée au 
« même degré chez aucun autre homme, et pendant les neuf années que 
« j’ai passées près de lui, je l’ai rarement vu témoigner de l’impatience 
« ou de la mauvaise humeur nonobstant les contrariétés auxquelles il 
k était en butte. » 

Sa prudence eût occasion de se montrer à tous les yeux, quand il fut 
chargé pour sa part, comme membre d’une commission, de réorganiser 
la Faculté de médecine en 1822 , à la suite des désordres scandaleux qui 
en avaient rendula dissolution nécessaire.On le vit employer sa légitime 
influence à faire maintenir ou réintégrer des professeurs dont l’âge au¬ 
rait peut-être justifié la mise en retraite, mais dont les anciens services 
étaient un titre à la protection de Laënnec. Au reste, il sé conduisit de 
telle sorte que ceux même qu’il ne put faire rétablir sur la liste, ren¬ 
dirent pleine justice à la générosité de ses efforts. 

Dans celte circonstance, loin de briguer l’honneur d’une position plus 
élevée dans le Conseil de l’Instruction publique où l’appelait le pouvoir, 
il préféra les fonctions moins rétribuées de professeur de clinique mé¬ 
dicale où il se croyait appelé à rendre plus de services. Quel autre nom 
que celui de prudence et de sagesse convient à l’attitude qu’il sut prendre 
et garder en face des innovations dangereuses de Broussais ? Si l’ensei¬ 
gnement tout entier ne subit pas alors une de ces révolutions radicales 
qui renversent le présent et compromettent l’avenir ; si la jeunesse de 
l’école, déjà trop tentée d’abréger et d’écourter ses études, fut prémunie 
contre de funestes entraînements, c’est au ferme et sage breton que nous 
en sommes en grande partie redevables. 

Sa justice était proverbiale; et si les élèves ignorants ou paresseux 
appréhendaient vivement de l’avoir pour examinateur, les hommes stu¬ 
dieux s’estimaient heureux et honorés de l’avoir pour juge ; ils savaient 
que Laënnec se regardait comme comptable envers Dieu de la collation 



- 16 — 


des grades dont il était chargé,et qu’il se serait toujours reproché d’être 
coupable envers la société, s’il avait favorisé la réception au doctorat 
des jeunes gens incapables de remplir la tâche qui incombe au médecin 
et dont l’importance a dans le danger de se tromper sa principale 
mesure. 

Sa libéralité n’avait pas de bornes ; à Paris, à Ploaré, partout il pro¬ 
diguait aux pauvres et aux malades son temps, ses soins, sa bourse, sa 
science. Hâtons-nous de le dire, s’il mérita si bien la reconnaissance, il 
la trouva Souvent. Celle des bons paysans au milieu desquels il vint 
mourir fut singulièrement touchante. 11 était beau de les voir sur les 
grèves de Douarnenez, réclamer comme une faveur le soin de traîner sa 
petite voiture, quand il venait chercher dans les émanations de la mer 
l’apaisement du feu qui brûlait sa poitrine. Il fut beau surtout de con¬ 
templer l’attitude de la population tout entière accourue à Ploaré le jour 
de ses funérailles ; on eût dit que toutes les familles dupays considéraient 
comme un devoir d’être représentées autour de son cercueil. 

Au reste, lui aussi, pratiquait cette belle et rare vertu de la reconnais¬ 
sance. Lorsque ses dernières volontés furent connues, on put voir 
qu’aucun service reçu ne s’était effacé de sa mémoire. Après la digne 
femme qui avait adouci toutes ses épreuves et le lent sacrifice de sa vie ; 
après les enfants de son oncle, sur qui il reportait avec une fraternelle 
affection la gratitude qu’il avait vouée à leur père, il voulut donner à la 
ville de Quimper un témoignage d’estime et de patriotique souvenir en 
lui léguant sa précieuse bibliothèque. Il n’oubliait pas ce que les hommes 
doivent à leur pays, quand leur jeunesse y a trouvé l’inappréciable bien¬ 
fait des bons exemples et d’une honnête atmosphère. 

Enfin, la paix dans la mort mit la dernière et solennelle empreinte de 
vertu chrétienne à cette grande vie, qui nefut tout ce qu’elle a été, nous 
n’hésitons pas à le dire, que parce qu’elle fut d’un bout à l’autre toute 
saturée de christianisme. Le saint usage des sacrements de l’Église n’était 
pas une nouveauté pour lui ; à mesure qu’il sentit sa fin approcher, il 
leur demanda plus souvent le secret de la force morale. Le recteur de 
Ploaré, M. Guezengar, le ferme confesseur de la foi, le type admirable du 
vieil esprit apostolique, était son ami d’ancienne date. Ses vicaires, qui 
vivent encore et que je m’abstiens de nommer par respect pour leurs 
vertus, partageaient avec lui la sainte tâche de la prière auprès du malade 
qui se voyait mourir. Mes lecteurs n’auraient pas à s’écarter beaucoup 
de Quimper pour trouver ces narrateurs attendris du trépas d’un patriarche. 
G’est à ces dignes prêtres qu’il appartiendrait de raconter ce qu’ils ont 



vu, de dire avec quel regard ferme et sûr il constatait jour par jour, 
heure par heure, ce qui lui restait de temps à vivre, et tournait, sans se 
troubler, toute son âme vers les espérances de l’éternité ;'de rendre témoi¬ 
gnage aux actes d’une foi simple et vivante qui se multipliaient sur ses 
lèvres, quand il demandait lui-même l’extrême-onction, quand il achevait, 
dans la langue de l’Église, le psaume ou la prière commencés. 

Un jour sa femme le vit retirer l’une après l’autre les bagues qu’il 
portait, et les poser doucement sur la table ; et comme elle l’interrogeait : 
<c II faudrait, dit-il, que bientôt un autre me rendît ce service; je ne 
a veux pas qu’on en ait le chagrin. » Deux heures après, sans que son 
intelligence eût paru un instant voilée, le grand chrétien avait rendu son 
âme à Dieu. 


NOTES 


ï. 

La première idée de l’érection d’une statue 'a Laënnec appartient k l’heureuse initiative 
du docteur Le Diberder, de Lorient. Elle fut adoptée d’enthousiasme par l’Association 
générale des médecins de France qui nomma deux commissions pour réaliser le projet 
et ouvrir immédiatement une souscription dont les listes se couvrirent rapidement des 
noms les plus honorables. L’illustre et regretté président Roger en fit l’œuvre de prédi¬ 
lection de ses derniers jours, et il a été très-efficacement secondé dans sa tâche par le 
secrétaire de la commission centrale M. le docteur Rayer. La société des médecins du 
Finistère n’est pas restée indifférente au succès de l’œuvre qui .intéresse par dessus 
tout la Bretagne et la ville de Quimper. Le zélé président de cette société, M. le docteur 
E. Halléguen, représentant la commission locale, nourrit, développa et alimenta la sous¬ 
cription bretonne. Il fut de tous côtés encouragé dans sa tâche, et le département du 
Finistère, la ville et les notablés de Quimper contribuèrent largement a seconder la 
libéralité des médecins. Les conseils généraux des Côtes-du-Nord,du Morbihan, de l’Ille- 
et-Vilaine et de la Loire-Inférieure voulurent souscrire au monument de l’illustre Breton. 

L’exécution de la statue mise au concours à Paris a été confiée au talent de 
M. Lequesne. Elle représente le Professeur en costume officiel, assis, tenant de la 
main droite le stéthoscope. Cette œuvre artistique a été jugée par les hommes compé¬ 
tents digne de son objet. 

Le piédestal de la statue est en granit rose de l’Aber-Ildut, semblable à celui de 
l’obélisque de Louqsor. Il a été taillé et poli par MM. Poilleu aîné et fils de Brest. Il est 
orné de deux inscriptions, l’une à la face antérieure : 

LAENNEC. 

L’autre a la face postérieure : 

A l’inventeur de l’auscultation 
LAEA T NEC » René - Théophile - Hyacinthe » 
né à Quimper le 17 fé-vriér 1781 , 
mort à Ploaré en 18â6; 

Professeur à la Faculté de médecine de ï»aris 
et au Collège de France ; 

Membre de l’Académie de médecine. 


Ce monument a été élevé 
par l’Association générale des médecins de France» 
par la Bretagne 

et par leB médecins français et étrangers. 
i ses. 



L’inauguration de la statue aura lieu, le 9 Mai 1868, sur la Place Saint-Corentin, en 
présence des membres de la famille Laënnec, des autorités diocésaines et départemen¬ 
tales , de députations du conseil général de l’Association des médecins de France., de 
l’Académie de médecine et de la Faculté de médecine de Paris, des magistrats de la 
ville de Quimper, et d’une grande quantité de médecins bretons, français et étrangers. 

II. 

DES TRAVAUX PUBLIÉS PAR LAEWEC, 


Journal de Médecine , Chirurgie , Pharmacie, des professeurs Cosvisabt, 
Lekoux et Boyek. 

Observation sur Une maladie du cœur avec affection du poumon et de la plèvre gauches. 

(Tome IV.J 

Histoires d’inflammations du péritoine. (Tomes IV et V.) 

Observation sur un suicide commis avec un rasoir, par MM. Laënnec et Tonnelier. 

(Tome V.) . 

Note sur l’arachnoïde intérieure des ventricules. (Ibid.J 

Note sur une capsule synoviale située entre l’apophyse acromion et l’humérus. (Ibid.J 
Lettre h M. Dupuytrèn sur des tuniques qui enveloppent certains viscères et fournissent 
des gaines membraneuses à leurs vaisseaux. (Tomes V et VI.). 

^Observation sur une maladie du cœur avec péripneumonie, par MM. Bayle et Laënnec. 
(Tome VII.J 

Note sur l’anatomie pathologique, lue a la société de l’Ecole de médecine, dans sa séance 
du 6 nivôse an XIII. (Tome IX.J 
Réflexions sur l’hydrocéphale interne aigu. (Tome XI.) 

Observation sur un anévrisme de l’aorte, qui avait produit la compression du canal 
thoracique. (Tome XII.) 

Fièvres intermittentes pernicieuses survenues dans la convalescence d’autres maladies. 
(Tome XIV.J 

Observation sur une affection aphteuse. (Tome XXII.) 

M. Laënnec a encore enrichi ce journal d’un très-grand nombre d’extraits et d’analyses 
critiques des ouvrages les plus importants qui ont paru de 1804 à 1814. 

Il a de plus coopéré avec MM. Leroux, Bayle, Fizeau, Savary, etc., à la rédaction de 
la constitution médicale observée à l’hôpital de Clinique interne de la Faculté, de 1805 
1814. 

Bulletins de la Société de l’Ecole de Médecine. 

Séance du 6 nivôse an XIII. Observation sur des vers ascarides lombricaux, qui rem¬ 
plissaient les voies biliaires d’un enfant dont le canal thoracique s’ouvrait dans-l’estomac. 
Séance du meme jour. Note sur l’anatomie pathologique. (Voir ci-dessus.) 

— du %% prairial an XIII. Mémoire sur les vers vésiculaires, principalement sur ceux 
qui se trouvent dans le corps humain. 

Ce beau travail a été imprimé dans le premier volume des Mémoires (restés inédits) 
de la Société de la Faculté de médecine de Paris, 




•* — 20 — 


Séance du G thermidor an XIII. Mémoire sur le cysticerque a double vessie. (Cys- 
ticercus dicijstus.J 

— du 24 frimaire an XIV. Note sur la non-existence du tamia visceralis. 

— du... an XIV. Note sur une dilatation partielle de la valvule mitrale, par MM. Fizeau 
et Laënnec. 

— du 23 janvier 4806. Mémoire sur les mélànoses. 

— du 43 novembre 4806. Mémoire sur le distomus intersecius. 

— du 23 avril 4807. Mémoire sur une nouvelle espèce de hernie (Intra-pelvienne.) 

— du 49 décembre 4840. De anginâ pectoris commentarius. 

Il faut ajouter à cette liste de nombreux rapports sur des observations, des mémoires 
et des pièces d’anatomie pathologique, envoyés à la Société de l’Ecole de Médecine. 


Bibliothèque Médicale. 

Les premiers volumes de ce recueil renferment plusieurs extraits et analyses d’ouvrages 
parmi lesquels nous nous bornerons à citer une exposition de la doctrine crâniolo- 
gique de M. le docteur Gall, k laquelle M. Laënnec a consacré trois articles étendus, 
publiés dans les tomes XIV et XY de la Bibliothèque Médicale. 


factionnaire des Sciences médicales. 

Anatomie pathologique. (Tome IIJ 
Ascarides. (Ibid.) 

Cartilages accidentels. (Tome III.) 

Régénération. (Tome VIII.) 

Désorganisation. (Anatomie pathologique.) (Ibid.) 

Ditrachyceros, ou bicorne rude. (Tome X.) 

Encéphaloïde. (Tome XII.) 

Filaire, ou furie infernale. (Tome XV.) 

Ouvrages publiés séparément. 

Proposition sur la doctrine d’Hippocrate appliquée à la médecine-pratique. In-4°, 
Paris, an X. ' 

De l’Auscultation médiate, ou traité du diagnostic des maladies des poumons et du 
cœur, fondé principalement sur ce nouveau moyen d’exploration. Paris, Bfosson et 
Chaudé, 1819. 2 volumes in-8°, de près de 500 pages chacun. 

Le même ouvrage, 2 e édition, entièrement refondue. Paris, Chaudé, 1826, 2 volumes 
in-8 ü , de 800 pages chacun. 

Discours prononcé k l’ouverture du cours de médecine du Collège de France, le.... 1822. 
Ce discours se trouve aussi dans le n° 1 des Archives de médecine (cahier de janv. 1823). 
Manuscrits. 

M. Laënnec a laissé des travaux manuscrits sur divers points de médecine et d’ana¬ 
tomie pathologique. Ils ont été légués par l’auteur k son digne cousin le docteur Mé- 
riadec Laënnec, qui en a fait profiter la science.